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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 11:35

Nelson le taxi s'arrête à ma hauteur alors que je rentre à pied du Causeway. Les îles de Naos, Perico et Flamenco sont rattachées à la terre ferme par une longue jetée bordée de palmiers. De part et d'autre de la route, des petits bateaux de pêcheurs, modestes embarcations de bois et indispensables gagne-pain, côtoient d'immobiles yachts rutilants. Les voitures filent sur la ligne droite.

Nelson ouvre sa fenêtre et me demande si j'ai besoin d'un taxi, et où je vais. Quelque chose me dit que je dois monter. « Plaza Albrook », dis-je en claquant la portière avant. Bien sûr le taxi me demande de quel pays je viens et ce que je fais ici. Je lui explique. « Tu plantes des arbres ? », se lance-t-il. « Moi, j'exporte des palmiers à Aruba où il en manque. J'y vais régulièrement. Avant j'étais plongeur sous-marin, je gagnais beaucoup d'argent mais j'ai eu un enfant et comme c'était très dangereux j'ai arrêté ». Nelson a passé une grande partie de sa vie sur des îles : Aruba, Majorque, et l'Irlande. Il parle le papiamento, une langue créole dérivée du néerlandais.

Mais alors, s'il sait tout ça et a fait tout ça, pourquoi est-il devenu taxi ? « Parce que dans mon taxi je suis le seul maître à bord. Quand j'écoute les gens parler je me rends compte que tout le monde cherche à trahir son voisin. Quand mes collègues se rendent compte que je suis riche, ils veulent profiter de moi ». J'écoute en silence. Nelson et tous ses attributs panaméens -baskets fluo, casquette sur la tête, drapeau bleu blanc rouge et étoiles qui pendouille du rétroviseur-, Nelson et sa placidité tropicale qui frise l'indifférence, me raconte ses déceptions. Un jour il est rentré chez lui à Galway et a trouvé sa femme au lit avec un autre homme. C'est comme si pour lui le monde s'était effondré ce jour-là.

Nous arrivons devant mon immeuble, et Nelson me lance un regard grave. Il me dit que je n'ai pas besoin de le payer, qu'il était heureux de pouvoir parler. Je m'extirpe de la voiture et aussitôt l'air humide et collant m'enveloppe. La chaleur nocturne enrobe mes jambes et mes bras nus, plaque mes habits contre mon corps, et c'est comme si des milliers de petits animaux duveteux se pelotonnaient contre moi en un instant. L'air chaud caresse mes joues.

Alors que je m'apprête à m'éloigner, Nelson ouvre sa portière et, d'une voix calme, me dit « Espero que superes todas las pruebas que tu mente te ponga (j'espère que tu sauras surmonter toutes les épreuves que ton esprit te soumet) ».

Nelson, le taxi

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Published by Léonie - dans Personnages
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