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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 21:56

Concours de nouvelles « Mémoire de famille » sur le thème 14-18.

Quand Ernest arriva dans son village natal avec les rescapés de sa garnison, le soleil brillait. Ils avaient marché quatre jours entiers depuis la caserne, jusqu'à retraverser la grande ville désormais détruite, longer les coteaux autrefois familiers dans le silence de l'hiver et retrouver le village qu'ils avaient quitté quatre ans plus tôt. Ce temps insolent énerva Ernest. Il n'avait pas pensé au retour. Pendant tous ces mois de guerre, Ernest n'avait pensé qu'à une chose : sa mort prochaine et certaine, identique, à peu de choses près, à celle de tous ces compagnons morts avant lui dans la boue des tranchées. Sa mort lui semblait alors d'une telle évidence que l'espoir même de revoir les siens un jour avait déserté son esprit. Oui mais voilà, Ernest n'était pas mort. Ernest aurait pu, aurait dû mourir, mais Ernest n'était pas mort. Il avait survécu, et avec lui Duriaux, Scantini et Droux, les seuls rescapés sur les vingt-sept gaillards qui avaient quitté le village quatre ans plus tôt.

Lorsque les maisons furent en vue, les quatre hommes, sans se concerter, firent une halte sous le grand chêne au bord de la route qui menait aux premières fermes. Pour se donner une contenance, Duriaux sortit sa gourde et but quelques gorgées de l'eau qu'ils avaient demandée quelques heures auparavant en passant devant une bergerie à moitié en ruines. Un vieil homme les avait regardés s'approcher. Quatre hommes épuisés, aux regards vides et aux uniformes bleu marine tachés de boue. Il était allé remplir leurs gourdes et les leur avait tendues sans un mot. Tandis que Duriaux buvait, Scantini laissa tomber sa besace à terre et, du bout de ses béquilles, se dégagea un espace entre les feuilles mortes avant de s'effondrer lui-même sur le sol. « Ne crève pas si vite, Scantini, il va encore falloir arriver chez nous », lâcha Duriaux, et cette allusion à la triste ironie d'être encore en vie leur arracha à tous un sourire. - Vous avez vu, dit Droux, le vieux Pujol n'a pas moissonné son champ. - Peut-être que son bœuf a clamsé, suggéra Scantini. - Ou qu'il l'a mangé, ajouta Duriaux. - Ou que le vieux est mort, reprit Scantini. Les quatre hommes contemplèrent un long moment le champ couvert de longues herbes mortes comme si l'image de cette végétation pourrissante allait leur apporter des réponses. Ernest se tourna alors vers ses compagnons : « Et maintenant, comment faisons-nous ? » Tous se regardèrent et virent au fond des yeux des autres le reflet de leurs propres doutes, un reflet si lourd, si profond, si insupportable que vite ils détournèrent leur regard. Comment rentrer chez eux ? Comment affronter le fait d'être encore en vie quand tant d'autres avaient succombé et ne reviendraient jamais ? C'était comme si soudainement le danger imminent qu'ils avaient côtoyé ensemble pendant cinquante mois s'était évaporé et les laissait là, désemparés. Eux qui s'étaient habitués à l'horreur se retrouvaient soudain face à l'angoisse inattendue de la survie. Arrivés si près de chez eux, ils se sentirent égarés, d'une désorientation si profonde que tous gardèrent le silence. Ils avaient longtemps fantasmé sur cet instant. Entre deux rondes, pendant qu'ils allaient au ravitaillement, ils parlaient de leurs femmes, de leurs enfants qu'ils n'avaient pas vu grandir. Les retrouver serait un miracle. Tu vas voir, je suis sûr qu'elle m'a attendu. Elle ne peut pas se passer de moi. Quand je rentrerai au village, je referai la charpente de la maison, elle en a besoin. Oui, il ne faut pas plaisanter avec ces choses-là. Imagine que le bois ait pourri et qu'une poutre tombe ! Pour se rassurer, ils se concentraient sur des détails. La vigne à tailler devant la fenêtre de la cuisine. Les foins, avaient-ils été rentrés ? Et le petit, avait-il déjà commencé à parler ? Est-ce qu'il me ressemble ?

Ils s'étaient attendus à tout pour leur retour au village, mais pas à ce que ça arrive réellement. Pas à ce que leur désespoir trouve un jour un terme. Ils n'avaient pas pu ou pas voulu imaginer ça : quatre hommes dans la fleur de l'âge mais blessés dans leur chair, épuisés par la marche, le froid et les privations, quatre hommes esquintés dans leur cœur et plaisantant à l'entrée du village qui les avait vu vivre comme des vieillards désabusés. Ils ne ressentaient que du vide en eux. Le triste spectacle de la jambe manquante de Scantini et de l’œil arraché de Droux étaient des rappels trop visibles et dérangeants de ce qu'ils avaient vécu. Même si ce n'en était qu'une infime proportion. Même si, en fin de compte, ces mutilations n'étaient pas tout ce que la guerre leur avait pris. Cette jambe, cet œil n'étaient qu'une jambe et qu'un œil, et ces bouts de corps manquants ne parlaient pas de tous les autres bout de corps manquants, tous les bras arrachés, les viscères éclatant des ventres, tous les crânes fracassés. Ils ne parlaient pas des vingt-trois manquants au bataillon. Tous ces noms, tous ces soldats tombés au champ, qu'on pourrait désormais honorer dans le confort des cérémonies, des salons, des mouchoirs. Mais eux, les soldats survivants, sentaient qu'ils partageaient là des souvenirs bien lourds, qui n'avaient pas leur place dans le champ du vieux Pujol, sur la place du village ou au café. Ils sentirent aussi qu'ils étaient désormais liés. Cette halte au retour de la guerre serait leur dernier souvenir de soldats commun. Ernest perçut le trouble chez ses compagnons. Ce moment lui semblait être un défi fait à ses souvenirs. Cette misérable effraction de la réalité dans son cœur lourd lui donna un instant envie de rire. Il était bien pouilleux, le retour des héros de la patrie ! En fait d'héroïsme et de gloire, Ernest fut le premier des quatre à comprendre que rien ne serait plus jamais comme avant.

Quand il l'aperçut, Ernest ralentit. Le village résonnait déjà de grands cris, de joie ou de surprise, d'effarement mutuel surtout. Les veuves et les orphelins lançaient des regards lourds de reproches aux rescapés. D'amers rictus hantaient leurs traits quand ils les saluèrent sur la place du village. Ernest progressait à petits pas résolus sur le chemin en terre, et Rose se tenait sur le pas de la porte de leur maison, les bras croisés. Elle avait l'air fatigué. Ses joues s'étaient creusées, son ventre arrondi lui parut très lourd, mais il reconnut tout de suite ces yeux bleu pâle, profonds, calmes, de cette dureté presque minérale que la guerre semblait avoir accentuée. Il ne sut d'abord pas comment l'aborder. Son ventre imposant de femme enceinte lui interdisait de la prendre tout de suite dans ses bras. Surtout, son regard transparent l'inhiba. Au fil des permissions, il avait vu sa Rose changer. La jeune femme passionnée et intransigeante qu'il avait épousée en 1912 s'était muée en une femme âpre à la survie, défendant farouchement sa maison, son lopin de terre et ses animaux. Ernest avait deviné que l'impérieuse nécessité de se nourrir et de se défendre s'était transcendée pour son épouse en un apprivoisement de sa propre force. Cela l'avait aidée à tenir. Aussi, quand ses yeux traversèrent ceux de Rose, il n'y vit pas une once du réconfort qu'il espérait y trouver. Il y lut un cri de rage muet. Ce fut elle qui rompit ce face-à-face la première en posant ses mains froides sur les avant-bras d'Ernest. Il reconnut ce geste, vaguement soulagé. « Tu es rentré », dit-elle simplement. Ses mains glissèrent vers les siennes, et par une légère pression elle l'entraîna à l'intérieur de la maison.

Rose avait réorganisé la pièce principale de manière à pouvoir y concentrer l'essentiel de ses activités. Les cageots de légumes et les sacs de charbon jouxtaient l'imposant poêle en faïence. Des étagères improvisées, faites de briques et de planches, abritaient quant à elle une pile de journaux, de la vaisselle et les travaux d'aiguille de Rose. Le long du mur, les chaises étaient disposées autour du poêle, comme protégées du monde extérieur par ce mur de victuailles et de matériaux. Ce mélange incongru irrita Ernest. « Mais pourquoi les sacs de charbon ne sont pas à la cave ? », siffla-t-il, trouvant dans ce prétexte un exutoire à son malaise persistant. - Ils sont trop lourds pour moi, répondit Rose, et comme tu n'étais pas là je les ai mis là où j'en aurais le plus besoin. Cette réponse le laissa coi. Elle l'énervait avec ses sacs de charbon. Certes ils étaient lourds, mais le nouveau visage qu'elle avait donné à sa maison lui déplut. Les choses n'étaient pas à leur place. Il ne la reconnaissait pas. Il laissa tomber son barda sur le sol et arpenta lentement leur demeure. Rose le suivit dans chaque pièce, sans un mot. - Vous avez fait bonne route ? » l'entendit-il dire dans son dos. Ernest soupira. Il avait quatre jours de marche dans les jambes et n'avait pas fait bonne route. La route avait bien failli avoir raison de lui, lui faire regretter son retour. La route avait été une défaite. Lui et ses compagnons s'étaient mépris sur l'accueil qu'ils allaient recevoir. En fait de respect solennel envers ceux qui s'étaient battus pour la liberté et l'avaient payé si cher, il trouvait sa femme murée dans une sorte de colère silencieuse. - Vous avez contourné le Mont qui pleure ? On pensait vous voir arriver hier, poursuivit Rose, et en terminant sa phrase sa voix trembla un peu. Il la regarda et perçut un infime tressaillement de son menton. - Eh bien, nous sommes là aujourd'hui, répondit-il sèchement. Le visage de Rose se ferma. - Je devrais accoucher très bientôt, lui apprit-elle, la sage-femme va passer tout à l'heure. - La sage-femme ? - Oui, Mathilde, de Briquicourt. C'est elle qui s'occupe des enfantements maintenant. - Mais depuis quand est-elle sage-femme ? N'était-elle pas chiffonnière au départ ? - Si, mais quand la vieille Rosalie est morte, il ne s'est trouvé plus personne pour accompagner les femmes en couches de chez nous. Leurs maris étaient parfois morts. Alors Mathilde nous a tous surpris en nous apprenant que sa mère lui avait appris à mettre au monde les enfants. - Une chiffonnière s'occupe maintenant des enfantements ? - Oui, et elle le fait très bien. - Mais va-t-elle venir nous déranger ce soir alors que je rentre de la guerre ?! s'énerva Ernest. - Tu préfères que je reste sans soins à quelques jours de mon accouchement ? répliqua Rose en une pique qu'il reconnut enfin. La répartie de Rose le laissait déjà désarmé, avant la guerre. - Mais elle peut venir demain, non ? - Non, je lui ai dit de passer ce soir, et ainsi tu la rencontreras. Ernest sentit qu'il ne gagnerait pas sur ce terrain. Imaginer une étrangère, dans sa maison étrangère, avec sa femme devenue une étrangère, lui était pénible alors qu'il n'avait qu'une envie : que Rose se blottît contre lui et lui dise à quel point il lui avait manqué, qu'elle avait eu aussi peur que lui. Mais ce n'était pas de la peur qui transparaissait chez Rose. Elle était devenue distante.

Le lendemain, le maire les recevait. Dans son bureau glacial, l'atmosphère empesée parut d'emblée insupportable à Ernest. Le maire se tordait les mains devant eux, s'épanchant en poncifs qu'il n'écoutait que d'une oreille. « A vous qui avez combattu pour la nation… je tiens à exprimer au nom de tout le village notre gratitude… les hommes comme vous doivent être un exemple pour les jeunes générations... ». Quand le maire lui tendit la main, Ernest eut un instant d'hésitation. Le vieil homme courbé devant lui n'exprimait que la surface d'une gratitude, l'ébauche d'une reconnaissance. Il lui sembla soudain à mille lieues d'Ernest, à mille lieues des obus et des explosions. Jamais une bombe n'avait atterri à quelques mètres de lui. Jamais il n'avait vu un cheval éventré tomber à terre. Aussi Ernest se saisit-il de sa main avec quelque renoncement. Le dégoût fit son chemin en lui. Il serra alors la main du maire, qui lui lança un regard surpris, dans sa paume valide de jeune homme. Un peu rudement, Ernest lui demanda : « L'ancien combattant vous remercie de votre gratitude, Monsieur le Maire, mais quand vais-je récupérer ma place ? » - Mais… vous êtes chez vous, mon ami. - Ah oui ? Vous êtes sûr ? Dans la foule présente, quelques regards se tournèrent vers lui, gênés. Seuls les visages narquois de Droux, Duriaux et de Scantini, appuyé sur sa béquille, lui adressèrent une muette approbation. - Vous devez être épuisé par votre longue route, mon ami, repris le maire en retrouvant son ton paternel. Puis il s'adressa de nouveau à la foule, ignorant Ernest. « Allons donc maintenant faire le tour de tout ce qui doit être reconstruit. La tâche sera rude, croyez-moi, et chacun pourra en prendre sa part ». Il lança un dernier regard qui se voulait bienveillant à Ernest, mais sans le regarder vraiment, et descendit les escaliers de la mairie sous le fronton de laquelle on avait accroché un drapeau tricolore.

La cohorte des rescapés, des orphelins et des veuves de guerre trottinait sous le crachin. Le maire, à l'avant de la colonne, ponctuait la marche de commentaires « Nous allons reconstruire la grange de Lucienne pour garder les récoltes ». Essoufflé, il montra un tas de pierres : « Ici serons logées trois familles », puis, à la sortie du village, près du grand chêne, il se tourna vers Ernest et lui dit « nous avons voulu le couper pour construire des poutres, mais comme c'était le plus vieil arbre du village, nous l'avons gardé à titre symbolique. A la place, nous avons fait une coupe dans le bois de Fausses-Reposes. ». A cet instant, tandis que le maire lui parlait, la réalité pour Ernest s'évapora. A la seconde d'avant, il écoutait, les dents serrées par la colère et l'amertume, le vieil édile bedonnant. Et puis c'est comme si Ernest était sorti de son corps. Il se sentait toujours présent physiquement, mais son âme, ses émotions, avaient quitté la lourdeur terrestre. L'Ernest qui ressentait était allé se nicher quelque part, dans quelque endroit secret où les hommes disparaissent quand le présent trébuche devant sa propre absurdité. Ernest observa fasciné ce changement qu'il semblait être le seul à percevoir. Il ne sentait plus rien. Il y avait toujours un démobilisé écoutant la logorrhée lénifiante du maire. Oui, quelqu'un était là, quelqu'un qui lui semblait être lui, qui avait sûrement été lui dans un passé lointain. Mais ce quelqu'un était brusquement devenu une enveloppe vide. Ernest enfonça ses ongles dans ses paumes pour vérifier qu'il existait toujours. Il sentit la légère morsure dans sa chair, mais était-ce bien ses mains, sa chair ? Il lui sembla que tout d'un coup plus rien n'était fiable. Ses jambes le portaient, mais était-ce bien les jambes qui l'avaient vu courir sur les champs de bataille ? Il ne les reconnaissait pas. Il contracta ses épaules : oui, elles étaient bien là, noueuses, tendues, mais il ne reconnut pas ses épaules non plus. Ce ne pouvaient pas être les mêmes épaules qui avaient soutenu sa tête ces dernières années. Ces épaules-là, cette tête-là étaient ailleurs, tout son être s'en était allé dans un endroit plus hospitalier, et ce qui restait là, debout dans la boue, sous le crachin, ce qui restait, il ne savait pas ce que c'était. Une main toucha une tête, arracha quelques cheveux. Le bras retomba. Ces cheveux étaient morts eux aussi. Entre ces doigts il y avait les cheveux d'un homme, des cheveux châtain, sans intérêt, sans but, sans vie. Ce corps n'avait plus aucun sens. Ce qui restait encore là, à observer la scène, fut le témoin d'un drastique assèchement du monde. La foule autour de lui n'était plus une foule d'êtres humains fatigués, pressés de se mettre à l'ouvrage, mais un tas de mouvements, de visages, de pas, de gestes éparpillés. Plus de trace de vie humaine dans cet amas de corps grelottants et soupirants. La cohérence des choses avait volé en éclats. Une bourrasque de vent interrompit le flot de paroles du maire. Ce qui avait été Ernest sentit la bourrasque mais Ernest lui-même ne sentit pas la morsure du froid. Il vit la chair de poule naître sur la peau de ses bras mais Ernest n'avait plus ni froid, ni mal, ni faim, ni sommeil, et il sentait que cet état allait perdurer encore longtemps.

Les jours passèrent, et chacun s'attela à la tâche impossible de reprendre la vie comme avant. Ses souvenirs obsédaient Ernest. Il s'arrangeait pour aller se coucher quand Rose, épuisée par ses longues journées passées à s'occuper du potager, des animaux et son travail à la fabrique, s'était endormie. Il marchait de long en large dans le salon et quand il entendait enfin son souffle régulier dans leur chambre, il s'approchait d'elle une bougie à la main et la regardait. Le visage de Rose, dans son sommeil, perdait de sa dureté. Il aurait voulu avoir accès à elle, lui dire combien il avait espéré la revoir, que ce masque de froideur dont elle se parait comme une armure dégèle enfin. Mais l'armure restait en place et Ernest se sentait alors en proie à ses démons. Les souvenirs le tourmentaient. Le visage de la violence avait pris de multiples formes, mais il n'était jamais aussi implacable que dans son sommeil. Ernest redoutait la nuit. Il mettait beaucoup de temps à s'endormir, et régulièrement se réveillait le cœur battant à tout rompre, nageant dans sa sueur.

Après une autre nuit sans sommeil, Ernest arriva devant le bois. Les hautes cimes des bouleaux tanguaient au rythme des coups de vent. Leurs branches sombres se détachaient sur le fond du ciel gris, ondulant doucement. Ernest fixa son attention sur ces branches. Il les voyait, mais elles lui semblèrent ne plus exister. Un jour, il y a longtemps, ces branches avaient eu droit à toute l'attention, intacte, gorgée d'émotions, d'Ernest. Il aimait se promener vers le bois et admirer leurs silhouettes au coucher du soleil. C'était avant la guerre, avant que des hommes politiques décident que son corps devait aller au front. Cette époque lui semblait désormais inaccessible. Toute tendresse avait disparu de cette vision. Les branches des bouleaux n'étaient plus que l'ossature sèche et stérile d'un monde tout aussi sec et stérile, jusque dans ses plus improbables recoins. La sève du monde avait disparu. Ernest n'aurait jamais cru qu'une telle chose fût possible un jour : il était vivant dans un monde mort. Où qu'il tournât la tête, le même pathétique spectacle d'êtres insensés, de visions absurdes s'offrait à lui. L'anesthésie complète de tous ses sens le mortifiait. Comment donner le change ?

Muettes blessures - concours de nouvelles d'Espalion (j'ai gagné le premier prix ! youhouuuu !!!)

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Published by Léonie
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commentaires

Bertrand 20/03/2016 22:45

Bonsoir,
J'ai commencé en lisant "Arrivée à Bath" qui m'a laissé sur ma faim. Je suis allé diner chez un ami qui m'invitait impatient de savoir ce que j'avais pensé de mon escapade chez Tera !...
En rentrant, j'attaque "Muettes blessures" et là tu me laisses sur le cul, parce que le style est là; le thème me surprend et fait écho à des traumatismes lointains :) Bref comme on dit trivialement: "ça envoie du bois en terme d'écriture et je m'y connais, même si l'on sent par moment la retenue timide de l'écrivain débutant qui a encore peur de heurter. Lâche les chevaux et continue sur une histoire plus longue, tu es prête pour des romans plus ambitieux, j'en suis sûr. Je te le répète: le talent est évident, la précision est là, les phrases sonnent justes, le tempo est excellent... Et je ne suis pas habitué à complimenter facilement pour ce qui est de l'écriture, c'est trop important !
Et donc bravo !
Bises.
Bertrand.
P.S. J'ai mis en lien mon modeste blog, que j'ai assez peu alimenté depuis que ma vie a pris un tournant décisif. J'y posterai rapidement mon retour d'expérience sur mon premier contact avec Tera...

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