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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 16:03
Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand: préparez-vous pour une moisson de rencontres du 18 au 20 novembre 2016

Alors que l'édition 2016 approche à Clermont-Ferrand, voici ce que j'avais écrit en 2015, en pleins attentats. Ce qui n'a pas découragé les organisateurs, bravo à eux !

16ème rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand : « l'ouverture au monde gagnera »

« Pourquoi faites-vous un carnet de voyage ? », lance Valérie Aboulker, peintre parisienne, aux participants de son atelier. « Il faut se demander ce que vous allez en faire. Sera-t-il vu, allez-vous le garder pour vous, le montrer ? A qui ? Vos amis, tout le monde ? ». Nous sommes à Clermont-Ferrand, au 16ème Rendez-vous du Carnet de Voyage. Les personnes réunies dans la petite salle, pour la plupart carnettistes débutants ou aguerris, comme on appelle ceux qui pratiquent l'art du carnet de voyage, se pressent autour d'elle. Ainsi Sylvie, psychopédagogue tout juste retraitée, est venue de Marseille pour rencontrer les nombreux artistes présents sur ce salon. « Je pars six semaines par an en Asie », explique-t-elle, « mais j'ai commencé à avoir envie de laisser une trace de mon séjour tardivement, il y a seulement 4 ou 5 ans ».

Découvertes culinaires en Islande et récits graphiques

Qui sont ces gens, (encore) anonymes qui décident de passer des heures à illustrer, mettre en page et parfois publier le récit graphique de leur tour du monde, leurs découvertes culinaires en Islande ou encore leurs impressions de Barcelone ? Trop curieux de l'autre pour pouvoir être qualifiés de simples touristes, non experts officiels des pays où ils se rendent, pas forcément artistes le reste du temps, voyageant à un rythme décalé, ils passent souvent plusieurs mois à l'étranger et s'imprègnent profondément des lieux. En décalage avec le tourisme de masse sans être forcément expatriés, leur regard éclaire d'une lumière intimiste et unique un monde devenu difficilement lisible. Alors que les destinations lointaines sont presque devenues « consommables », eux s'efforcent de donner du sens aux lieux.

Mettez le casque et vous serez au Maroc

Leur rendu prend parfois des formes inattendues, comme les carnets sonores de Kevin Cheylan. Ce Marseillais, oléiculteur, musicien et technicien du son dans le civil, part sur les routes avec un enregistreur et « prend du son au gré de [ses] rencontres ». Puis il en fait un montage, comme d'autres font des collages avec de la peinture et des tickets de métro étrangers. Autour de son stand, tous sont allongés sur des chaises longues, un casque sur les oreilles, les yeux fermés. Voilà une authentique invitation au voyage. « Mettez le casque et selon le numéro que vous choisissez vous serez dans un lieu au Maroc », dit Kevin en abordant ceux qui s'approchent. Une petite carte illustre ces instructions. Je m'affale dans un transat, le carnet sonore numéro 5 sur les oreilles. Quelques minutes plus tard, un homme à la voix douce avec un accent arabe m'explique ses liens de parenté avec les habitants du village voisin. Je serais presque tentée d'entrer dans la conversation, captée au cours d'une soirée. Puis j'entends quelqu'un en train de fabriquer une brique. Les coups, sourds, résonnent sur la pierre. Je suis déjà ailleurs.

Kevin Cheylan aime, comme il décrit lui-même, « pointer ce qui ne va pas dans un monde qui ne va plus, sans pour autant ne montrer que la noirceur des choses ». Ainsi le carnet sonore « Tombouctou la mystérieuse », réalisé lors de son séjour de deux ans au Mali, où il a monté une chambre d'hôte avant d'être « chassé du pays par AQMI », mêle bruits de rue, chants et extraits de journaux d'information. C'est après avoir terminé 3ème en 2012 et 2ème en 2013 du concours Apaj Libération pour ses reportages sonores que Kevin Cheylan a décidé de se lancer chaque année dans la réalisation d'un carnet sonore. On peut écouter sur https://soundcloud.com/carn-ttiste-voyageur ces insolites fragments auditifs qui, venus de contrées proches ou lointaines, portent ceux qui les écoutent dans une chatoyante apesanteur.

Faire allégeance au système D

La même vocation anime Céline Desmoulières, paysagiste de profession. Ses carnets de voyage sont la trace matérielle de « longs breaks » dans sa vie parisienne, mais également une source d'inspiration « artistique et professionnelle ». Au début, ils restaient chez elles, puis « un ami, atteint de mucoviscidose, m'a forcée à les montrer pour lui raconter, car lui ne pouvait pas voyager. Je me suis prise au jeu en les publiant sur un blog (www.celleinbrazil.over-blog.com), et cela a modifié ma manière de faire des carnets ». Son ami est décédé depuis, Céline a continué ses carnets. Après un premier séjour de sept mois au Brésil pour apprendre le portugais, langue qu'elle « adore », elle rentre en France et travaille à une filiale d'une grande entreprise. Le retour au pays est rude. « J'ai lâché mon boulot car je ne voulais pas passer du côté obscur de la force », avoue-t-elle. Et de repartir au Brésil avec une amie, licenciée économique, qui décide d'utiliser sa prime de licenciement pour voyager. Céline loue le « système débrouille » auquel elle a fait allégeance : « quand tu n'as pas d'argent, tu te débrouilles autrement : moi, pour gagner ma vie, j'ai été amenée à donner des cours d'aquarelle à l'Alliance française au Brésil, ou à constituer ma cagnotte de voyage en vendant mes meubles sur le bon coin ».

Se confronter à l'altérité

L'édition 2015 des Rendez-vous du carnet de voyage rend hommage à Michel Renaud, l'un des quatre fondateurs de ce qui s'appelait au départ la biennale du carnet de voyage, assassiné lors des attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015. « Le contexte nous rattrape », disent doucement Pierrette Viel et Eric Gauthey, deux des membres du quatuor original, le soir du 14 novembre. « Mais le voyage, comme dit le proverbe, c'est partir plein de préjugés et vide de sensations, et revenir pleins de sensations et vide de préjugés. Si le succès de cet événement culturel ne se dément pas, avec plus de 20 000 participants sur trois jours, c'est qu'il permet aux visiteurs une certaine proximité avec les auteurs et créateurs. Ils peuvent croquer l'instant, sortir du virtuel, se confronter à l'altérité. Nous avons voulu cultiver cet aspect en bichonnant les carnettistes invités », qui sont effectivement invités car un « forfait tout compris » leur est offert par les organisateurs. Ils sont reçus, accueillis et intégralement pris en charge. Comme une marque de reconnaissance de l'accueil qu'ils ont pu recevoir lors de leurs voyages autour du globe. « L'ouverture au monde gagnera », tranche Eric Gauthey.


Léonie Ahrens

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