Jeudi 25 juin 2009

Au lieu de faire mon rapport de stage, je lis le bouquin que mon frère m'a offert pour mes 24 ans... et je ricane:

"Etait-il normal d'éprouver ainsi dans ta chair la sensation de te retrouver au coeur d'un univers parallèle, tranquillement monstrueux, dans lequel tu serais entré par effraction sans bien te rendre compte au juste où tu mettais les pieds ? Tu n'aurais pas été surpris que quelqu'un, ou quelque chose, -oui, ce serait plutôt quelque chose - te mît la main sur l'épaule, dans ce geste archétypique des arrestations définitives et te demandât des comptes que tu serais bien incapable de rendre: "Que faites-vous là ? Pourquoi vous sentez-vous si mal alors que tout est fait pour votre bonheur ? Pourquoi n'avez-vous rien acheté cette semaine ? Et puis à quoi rime votre vilaine habitude de rester des heures à lire dans le silence alors que ce mois-ci, il y avait la fête de la musique, les immeubles en fête, la fête des mères, des grands-mères, des belles-soeurs, de l'andouillette, des homosexuels ? Vous n'aimez pas vous amuser, c'est ça ? Vous n'aimez pas les autres ?"

in La grâce efficace, J. Leroy

La question est: est-ce que j'ai le courage de retourner ce soir tenter de faire les poubelles, en m'organisant mieux ?
Aussi antipathiques me soient-ils, les Ethiopiens meurent de faim en ce moment alors que nos poubelles débordent d'aliments variés et nutritifs. C'est intolérable !

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Mercredi 24 juin 2009
Un voile de tristesse a recouvert mes mardi et jeudi soir, jours de ramassage des poubelles, depuis que mon mentor ès récupération de déchets a quitté la France. Le fait qu'il n'ait pas eu de papiers en règle y est peut-être pour quelque chose.
Mais il ne m'a même pas appelée pour prendre un café ensemble et lui dire au revoir et est parti comme un pet sur une toile cirée.

Après quelques semaines pour m'en remettre, sans activité déchétarienne, voilà-t-y pas que mon frigo s'est retrouvé vide. C'est pas que je ne peux pas aller faire des courses, mais je n'ai pas envie de mettre le doigt dans cet engrenage. Hier soir, donc, en route, je me suis résolue à aller faire, pour la première fois, une récup toute seule.

J'ai rapidement constaté que toute seule, c'est beaucoup plus dur et beaucoup moins drôle.

Déjà, c'est l'été; donc le jour dure plus longtemps et à 20h, on est parfaitement visible, ce qui est déplaisant. Par ailleurs, les aliments se périment beaucoup plus rapidement au chaud alors qu'en hiver, je ne me privais pas de recongeler les décongelés, sans impact aucun sur ma santé.
Je suis donc partie à 23h30, toute de noir vêtue, à cheval sur mon vélo. Mon pote me manquait terriblement alors que je repensais avec nostalgie aux soirées passées ensemble à glaner et aux bons petits repas mitonnés en rentrant. Il m'offrait ensuite toujours du thé pour les yoguis pour digérer et on méditait longuement sur l'état du monde... Comme il était là et qu'il n'avait pas l'air d'avoir peur, j'étais en confiance.

L'annuaire indiquait un Simply market dans un quartier néobobo. Pas grand-monde dans les rues, donc, mais des caméras partout (pas de bol: il paraît que Lyon est la ville la plus vidéosurveillée de France). Les caméras, même si elles s'avèrent en réalité inefficaces contre les agressions, titillent ma paranoïa naturelle. En plus, il y avait du vent qui secouait les arbres et sifflait dans leurs branches. Brrr.
Mais j'ai continué et, au détour d'un pâté de maison, miracle, je ne m'étais pas trompée, s'offrent effectivement à moi quatre belles et grandes bennes, juste derrière le Simply market, dans la rue. Parfait ! Quand les déchets sont dans la rue, on a le droit de les prendre car ils n'appartiennent à personne. C'est quand ils sont situés sous des porches ou dans des propriétés privées que cela pose problème.
J'ai fait comme j'ai appris: j'ai mis des gros gants au cas où je tomberais sur un bout de verre (sait-on jamais), et j'ai sorti de grands sacs vides pour vider la poubelle et la trier. Il me manquait juste une lampe frontale, car je ne fais pas de spéléologie. Mais à peine avais-je soulevé et ouvert quelques sacs que je me suis rendu compte qu'ils étaient trop légers pour contenir autres choses que des emballages. Surtout, le noeud de fermeture tenait mal: manifestement, quelqu'un était passé avant moi. Il ne restait plus rien d'autre que des cartons vides.
Zut, j'aurais dû partir à 20 h comme on faisait avant. Ce n'était sans doute pas pour rien.

Une récupe

J'ai ensuite eu beau essayer de me rapprocher du centre-ville, les poubelles aussi bien des Monoprix que d'Atac, Leader Price, Lidl ou Casino n'étaient pas visibles. Soit ils les sortent à 5 heures du matin pour éviter que des gens comme moi ne passent prendre les rebuts, soit ils ont des broyeuses, soit ils les cachent. Rien à faire. Des sources évidentes de déchets (j'aurais bien aimé trouver ceux de Monoprix, notamment), il y en avait pleins, mais de déchets à proprement parler, que pouic.
 
C'est donc sans mon butin habituel que j'ai rebroussé chemin à une heure du matin, le coeur alourdi de nostalgie tandis que je croisais sur mon chemin des piétons insouciants faisant la tournée des bars.

Pourquoi t'es parti !!!!!!
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Mardi 26 mai 2009
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Jeudi 30 avril 2009
A faire le grand écart entre un statut plutôt valorisant et des revenus très bas, j'aurais dû me douter qu'un jour ou l'autre ça allait mal finir. Jj'ai maintenant l'habitude de me rendre à quelques conférences de presse avec des tripotées de journalistes en costard, à serrer la main des Elus et à envoyer des mails qui se terminent par "cordialement"... tout en continuant à faire la tournée des poubelles, à ne pas m'acheter de nouvelles chaussures et à emporter le sachet de sucre à chaque fois que je prends un café.
Bref, cet après-midi j'étais à une cérémonie à la mairie pour le lancement des projets de jeunes collégiens... avec un adjoint au maire, les patrons des entreprises participantes et le directeur de l'école qui chapeaute le tout. Je suis allée serrer la main à tout le monde pour parfaire mon vernis diplomatique de stagiaire journaliste. La cérémonie commence donc, je vais me caler dans un coin pour prendre des notes tout en lorgnant vers le buffet. Buffet sur lequel je me précipite, évidemment, dès la fin des discours, car j'ai faim.
Puis les ados, les animateurs et les parents partent... ne restent plus que les élus et les organisateurs, qui rangent. J'aborde alors une fille en train de retirer les assiettes:
- Attends, je prends quelques petits gâteaux.
- Oh mais sers-toi ! Tu veux en emporter ?
- Ah oui tiens, si vous voulez pas les garder je veux bien.
- Tu veux prendre l'assiette entière là ?
- Je peux ? Chouette !
C'est ainsi qu'elle m'aida à refermer l'assiette pleine de sucreries et à l'emballer dans une nappe en papier, avant de me tendre, sans tentative de dissimulation aucune, le paquet ainsi formé. Le prenant sous mon bras, j'allai dire au revoir à tout le monde puis partis... et me rendis compte de ce que j'avais fait.
Moralité: les stagiaires ne sont pas assez payés et je crois avoir illustré ce message malgré moi.

 
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Mercredi 22 avril 2009
J'ai déjà parlé du problème de la domination numérique (entre autres) de la génération de nos parents et grands-parents sur nous, jeunesse française malmenée. Il est temps de parler de l'autre pendant du problème: il règne quelque chose de très malsain dans les relations des jeunes avec leurs aînés. Avez-vous remarqué à quel point les stagiaires qui se sont rebiffés, malgré une forte médiatisation, étaient peu nombreux ? les étudiants, quant à eux, soutiennent corps et âme les écoles, les universités et leurs études alors qu'ils savent pertinemment que c'est le lieu où ils sont le plus livrés à eux-mêmes, le plus efficacement sélectionnés et le mieux discriminés. Ceux qui protestent contre les manifestations et les blocages le font officiellement pour une seule et unique raison: valider des diplômes qui ne leur serviront pourtant pas à grand-chose, mais qui sont toujours mieux que rien, et non parce qu'ils croient aux bénéfices éventuels des réformes. Dans l'ensemble, les jeunes soutiennent souvent les grandes causes (la dignité des sans-papiers, l'éducation pour tous) pas trop difficiles à défendre. Mais quand on décide d'augmenter la durée de cotisation donnant droit aux retraites, ou quand on utilise à tort et à travers le "droit de mourir dans la dignité" pour justifier l'euthanasie, personne ne moufte. En fait de solidarité et d'engagement, les jeunes de ma génération semblent avoir assimilé que "foutu pour foutu, sauvons notre peau". Et plutôt que de nous rebiffer contre "nos vieux" qui nous utilisent comme bouche-trous socio-économiques sans se soucier un instant de notre besoin d'être soutenus et accompagnés, plutôt que de penser que nous pourrions y gagner quelque chose, qu'il y a une place pour nous, nous avons choisi de nous taire. Il est naïf de penser que ce serait par ignorance, désaffection ou manque d'amour-propre. Peut-être un certain respect de l'autorité du à l'expérience en freine quelques-uns, mais dans l'ensemble, si les jeunes se taisent, c'est parce que, constatant les abus et se pensant trop faibles pour résister -l'un alimentant l'autre-, ils attendent leur heure. Un jour ou l'autre, la situation se retournera en leur faveur et ils auront alors toute latitude pour se venger ou simplement délaisser ceux qui ont trahi leur confiance. C'est flippant. Plus l'abandon est flagrant, plus les abus sont légion et plus l'indifférence se normalise, plus l'addition sera salée pour ceux qui ne savent pas se projeter dans le futur et se dire qu'un jour, ils dépendront totalement de nous. Et plus les jeunes laissent faire, moins ils seront susceptibles de passer l'éponge. En attendant, ils cultivent une rancune patiente, passive, et tenace, en prenant soin de ne pas ouvrir le couvercle: remettre quoi que ce soit en question, ce serait envisager la possibilité de participer au débat, donc d'arriver à des consensus, donc de renoncer à voir toutes nos blessures soignées, et reconnues. Eh oui ! c'est connu, quand on est jeune on est excessif. Normalement, ça passe avec l'âge, mais justement, là, ça risque de mal passer...
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Lundi 2 mars 2009
Si vous n'avez pas compris le titre de cet article, ça veut dire que vous n'êtes probablement pas très intéressé par le développement durable, ou pas friand de sigles, ou au contraire tellement militant que vous n'utilisez pas ce sigle car vous trouvez qu'il occulte une partie des enjeux.

Moi, je suis entre ces positions : je suis convaincue que notre monde doit effectuer un tournant radical pour ne pas aller dans le mur. Mais j'en doute jusqu'à ce que la réalité me prouve le contraire (comme Saint-Thomas).
Je doutais par exemple que ce soit si dramatique de bosser 35 heures par semaine, ou plus, pour une cause étrangère à nos aspirations profondes. Je me disais que si des millions de personnes l'avaient fait jusque-là, c'est que ça ne devait pas être si terrible que ça. Eh bien SI, c'est aliénant, et pas qu'un peu. Comment quelques patrons vivant dans un univers parfois très différent de celui du citoyen lambda pourraient pouvoir décider de la majeure partie de l'emploi du temps de ce dernier sans dommages ? Ils ne savent pas tout, ceux qui détiennent l'autorité. Avons-nous besoin d'eux ? Avons-nous besoin de gagner plus d'argent ? Non ! Pourquoi donc ? Le mieux, c'est donc de travailler le moins possible, quitte à gagner moins. 

Acheter des tomates en hiver, bien sûr, c'est une hérésie. D'ailleurs moi je n'achète plus, je ramasse les fruits sur les marchés, et, depuis, peu, je fais les poubelles des supermarchés : ça m'évite de leur donner mon argent et ça me fait une sortie nocturne sympa. Oui mais voilà. Dans les déchets, il y a souvent des aliments qui viennent de loin. Le cas typique, c'est l'avocat trop mûr abandonné à la fin du marché. Mon éthique devrait m'imposer de ne pas le prendre, puisqu'il vient d'Israël et qu'il a un "casier climatique" déjà lourd. D'un autre côté, cet avocat va terminer à l'incinérateur si je ne le prends pas et c'est bien dommage car il est pile à point pour le guacamole, dont je suis très friande. Ce n'est pas moi qui l'ai choisi, quelqu'un l'a jeté et il est là sous mes yeux, donc je l'emporte, tout en ayant l'impression de mobiliser mes principes quand ça m'arrange. Même chose avec les pamplemousses : j'adore les pamplemousses (que je fais parfois en salade avec l'avocat), mais je sais pertinemment que ça ne poussera jamais en France, à moins d'un réchauffement climatique rapide et vraiment intense (à tout malheur une chose est bonne). Si mes hypothèses se confirment, on ne devrait donc bientôt plus trouver de pamplemousses du tout sur les marchés, que ce soit à vendre ou à ramasser. En attendant ce jour funeste, autant en profiter !

Pour éviter l'étalement urbain, on devrait tous partager les logements. Habiter seul, en voilà une attitude pas "environnement friendly". C'est pourtant ce que je fais. J'ai écumé de nombreuses colocs au cours de ma vie d'étudiante et, parfois, de SDF (au sens doux du terme). Et j'ai trouvé ça super lourd. La coloc, ça veut dire partager son logement avec des gens qu'on ne connaît pas ! C'est dur, surtout quand on tombe dessus suite à une petite annonce. Il y a intérêt à s'entendre bien tout de suite et à éviter les vagues à tout prix, car en général on manque tous de fric, on a tous intérêt à partager les frais et on veut tous éviter une guerre à la maison. On est tous inquiets, tous aveugles, et souvent, c'est un choix par défaut pour tous. Alors, il faut avaler ses ressentiments sans piper mot, revoir à la hausse son seuil de tolérance à la saleté et surtout, ne pas pouvoir donner libre cours à ses envie de : mettre au réveil notre CD préféré de l'année de notre quatrième (type Ace of base), jeter rageusement son linge sale par terre, placarder des poèmes gothiques partout, ramener un mec à n'importe quelle heure, stocker des déchets intéressants, adopter des vers de terre, s'enduire le corps d'argile boueuse en bloquant la salle de bains... la coloc coupe malheureusement court à ces fantaisies. 

Le mode de transport le plus durable, d'après de savantes estimations, c'est le vélo. Je connais des gens qui ne se déplacent qu'en vélo. Ils ont raison. Ils portent un gilet jaune fluo où est écrit cette phrase rigolote : "ta caisse pollue". Mais ils sont courageux. Rentrer à vélo à deux heures du matin par -5 °C, avec une bruine qui transperce n'importe quel manteau de fourrure (fourrure, pas bon), avec 2 grammes d'alcool dans le sang et une bonne dose de fatigue, c'est au-dessus de mes forces. A pied, n'y pensez pas; dans ce cas-là autant ne plus sortir du tout : chose inconcevable. Il faudrait sortir près de chez moi, mais dans mon quartier il n'y a qu'un bar de jazz glauque, entre la prison et la ligne de chemin de fer, dans lequel je n'ai jamais osé entrer. Le vélo, c'est sympa l'été. Et encore : je me souviens de cet accident qui m'a valu des mois de claudication et de la douleur causée par mes muscles déchirés, j'ai été traumatisée par le vélo ! Du coup le métro, ou pire, la voiture, je trouve ça très sympa. 

Je ne suis donc pas très DD...
 
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Lundi 23 février 2009

Cartouche


Quelques tasses de thé très noir

Quelques cigarettes

Quelques vers (Pessoa ou Cavafy ou Apollinaire)

Quelques pas sur la terrasse

Quelques pas dans le bureau

Mais un seul tiroir

Un seul revolver (modèle ordonnance)

Et pour finir

Une seule cartouche

Dans une seule bouche


de Jérôme Leroy, Le déclenchement muet des opérations cannibales

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Lundi 23 février 2009

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Vendredi 13 février 2009
On claironne aujourd'hui partout que les pays riches représentent 20 % de la population mondiale et consomment 80 % des ressources mondiales. Ils ont une dette environnementale énorme envers les pays du Sud. 

Mais nous exploitons aussi leurs ressources humaines, l'expression correspondant ici parfaitement à la situation : les rouages les plus avilissants de nos économies morbides sont occupés par des travailleur-se-s immigré-e-s qui protestent rarement de la condition qui leur est faite. On exploite ainsi leur main-d'oeuvre, c'est-à-dire la misère des pays pauvres dont les habitant-e-s n'ont pas d'avenir autre que l'immigration, tout en tirant les droits sociaux des pays riches vers le bas.
Cette situation n'est possible que parce que nous exploitons cette misère à sa source.
 Les plus pauvres d'entre les pauvres, sur cette planète, sont des femmes. Ce sont elles qui génèrent le plus grand nombre d'habitants sur Terre. Et les femmes immigrées, dans nos pays (mais pas seulement), retrouvent cette place de "plus pauvres"; ainsi que celle de "plus fécondes". C'est grâce à leur "contribution procréative" que de nombreux pays occidentaux voient leur natalité remonter. On crie cocorico parce que les Françaises font deux enfants par femme, mais on ne dit pas quels sont les mécanismes à l'oeuvre derrière tout cela.

On ne peut forcer aucune femme à avoir des enfants. La contrainte ne marche pas car il s'agit d'un acte de don. Le fantasme de la « grève des ventres » des Occidentales (ou celui, souvent déployé par la science-fiction, d'un virus qui serait à l'oeuvre et réduirait la fécondité des femmes, ou, scandale, celle des hommes !), voire d'une prétendue paresse, d'un caprice individualiste de leur part, masque la réalité : les femmes occidentales (il faut y inclure les femmes d'Europe de l'Est, une région en crise de natalité depuis déjà plusieurs années) ne sont simplement pas motivées pour devenir mères, et ce, pour diverses raisons. On est moins mère en France car c'est dur et porteur de risques d'exclusion et de déclassement social. 
(Cela relativise aussi le fameux contrôle des citoyens : les femmes ont encore une belle marge de manoeuvre de liberté individuelle puisqu'on ne contrôle pas (encore) leurs relations sexuelles, leurs corps, leurs biorythmes ni leur choix procréatifs).

Il faut reconnaître ces mécanismes qui aliènent les femmes, et donc les mères, plutôt que d'éluder la question du vieillissement de nos sociétés par un report sur l'immigration. Au nom de quoi les habitants du Sud seraient-ils priés de venir combler les failles de notre société malade ? Les personnes ne peuvent pas circuler comme les capitaux, comme cette "solution" semble vouloir le faire croire, car elles ont une histoire et un rythme singuliers, et lent, au regard des bouleversements actuels. Il y a un net problème démographique en France. Si cette logique fonctionnait, nous ouvririons nos portes à l'immigration. Or nous faisons le contraire, avec tous les drames qui en découlent. Et ce car nous avons mis Sarkozy au pouvoir, qui y a été porté par la frange âgée de la population, laquelle se trouve être majoritaire parce que notre natalité était faible ces dernières décennies. CQFD. 
Nous avons provoqué nous-mêmes notre propre faillite, il nous faut l'assumer au lieu de nous en remettre à une population mondiale qui serait censée s'équilibrer d'elle-même. Marginaliser les personnes âgées, en les empêchant de voter par exemple, est, là aussi, hautement anti-démocratique.
Il est également indigne de considérer les femmes des pays pauvres comme des femmes uniquement soumises, aliénées, inintéressantes pour ainsi dire, voire méprisables ou objets de rancune de notre part. Ce genre de comportement n'est parfois qu'à peine masqué et ne nous fait pas avancer... Elles sont opprimées, aliénées, dominées, certes, mais leur culture maternelle a été plus préservée que la nôtre, pratiquement réduite à néant. Et, quand elles se mettent à nous mépriser pour notre culture ou notre faible fécondité, sans doute ne faut-il y voir qu'une crispation féminine identitaire et ne pas nous sentir visées personnellement.

Quel est le juste milieu ?
Une société durable est une société qui fait des enfants; ni trop, ni trop peu
. Si nous risquons de devenir trop nombreux sur Terre, ce n'est, pour l'instant, que parce que les plus pauvres parmi les pauvres, les femmes d'Afrique et d'Asie, ne se définissent que par leur rôle de mères. Si toutes pouvaient recevoir une instruction et être traitées dignement, c'est-à-dire comme des êtres humains à part entière, elles en feraient presque automatiquement moins. Ces femmes n'ont pas conscience du risque de surpopulation, du réchauffement climatique, de l'engorgement généralisé, car elles ne se voient pas comme actrices du monde. On les a manipulées pour qu'elles se considèrent ainsi, mais ces manipulateurs-dominateurs ce sont les mêmes qui aujourd'hui proclament que ce n'est pas la peine de se préoccuper de la dénatalité en Europe. Tout est bon pour éviter de se pencher sur cette question cruciale : la responsabilité de la femme en tant que sujet de la maternité. 

Pour des actions efficaces en matière de décroissance, il nous faut la présence de ces femmes dans les négociations politiques, économiques et sociales internationales. Elles sont les plus légitimes pour prendre la parole sur la question et peser, en conséquence, sur tout le reste (par exemple, les Africaines seraient peut-être prêtes à faire moins d'enfants à condition qu'un Etat suffisamment fort et démocratique leur garantisse des retraites décentes).  

Par ailleurs, il serait bon que dans les pays du Nord, on cesse de nier ce débat. Tout combat autour des droits des femmes repose systématiquement sur le déni de la maternité et se révèle trop souvent peu efficace.
Et, conséquence de cet écart entre le discours et la réalité, on porte aux nues, dans l'espace public, l'expérience individuelle de la maternité pour mieux masquer les sacrifices demandés collectivement aux femmes. Jamais la propagande pro-maternelle n'a été aussi forte, aussi elliptique et aussi cucul. Pas un journal ou une émission de télé qui n'appelle une mère une "maman" ou une femme de 40 ans bien sonnés une "jeune femme", comme si c'était une vraie disgrâce d'être une "femme mûre" ou simplement "une femme"... c'est pénible à la fin. Les vraies "jeunes femmes", ce sont les vingtenaires comme moi, et si une femme de 40 ans veut prendre ma place, je la lui donne, elle verra comme c'est marrant. Pourquoi ne peuvent-elles pas simplement accepter de ne plus être des jeunes femmes et que c'est là une belle chance ?
Toutes celles qui ont osé critiquer ou émettre des réserves sur l'épanouissement qu'est censée procurer la maternité se sont attirées les foudres des médias, de l'opinion publique et de pseudo-défenseurs du bien-être des enfants. Un exemple : Corinne Maier, une psy qui a écrit No kid, un ouvrage jubilatoire mais ô combien désenchanté sur les joies toutes relatives de la parentalité. Elle s'est fait lyncher, mais a vendu des dizaines de milliers d'exemplaires de son bouquin, preuve qu'il y a des gens qui se sentent concernés.

Et pourtant, l'aveuglement reste de mise. Plutôt que d'avoir le courage de se poser les vraies questions on continue, encore et toujours, de profiter sans contrepartie de l'apport des femmes à la société. 

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Dimanche 8 février 2009
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