Mercredi 24 juin 2009
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16:58
Un voile de tristesse a recouvert mes mardi et jeudi soir, jours de ramassage des poubelles, depuis que mon mentor ès récupération de déchets a quitté la France. Le fait qu'il n'ait pas eu de
papiers en règle y est peut-être pour quelque chose.
Mais il ne m'a même pas appelée pour prendre un café ensemble et lui dire au revoir et est parti comme un pet sur une toile cirée.
Après quelques semaines pour m'en remettre, sans activité déchétarienne, voilà-t-y pas que mon frigo s'est retrouvé vide. C'est pas que je ne peux pas aller faire des courses, mais je n'ai pas
envie de mettre le doigt dans cet engrenage. Hier soir, donc, en route, je me suis résolue à aller faire, pour la première fois, une récup toute seule.
J'ai rapidement constaté que toute seule, c'est beaucoup plus dur et beaucoup moins drôle.
Déjà, c'est l'été; donc le jour dure plus longtemps et à 20h, on est parfaitement visible, ce qui est déplaisant. Par ailleurs, les aliments se périment beaucoup plus rapidement au chaud alors
qu'en hiver, je ne me privais pas de recongeler les décongelés, sans impact aucun sur ma santé.
Je suis donc partie à 23h30, toute de noir vêtue, à cheval sur mon vélo. Mon pote me manquait terriblement alors que je repensais avec nostalgie aux soirées passées ensemble à glaner et aux bons
petits repas mitonnés en rentrant. Il m'offrait ensuite toujours du thé pour les yoguis pour digérer et on méditait longuement sur l'état du monde... Comme il était là et qu'il n'avait pas l'air
d'avoir peur, j'étais en confiance.
L'annuaire indiquait un Simply market dans un quartier néobobo. Pas grand-monde dans les rues, donc, mais des caméras partout (pas de bol: il paraît que Lyon est la ville la plus vidéosurveillée de
France). Les caméras, même si elles s'avèrent en réalité inefficaces contre les agressions, titillent ma paranoïa naturelle. En plus, il y avait du vent qui secouait les arbres et sifflait dans
leurs branches. Brrr.
Mais j'ai continué et, au détour d'un pâté de maison, miracle, je ne m'étais pas trompée, s'offrent effectivement à moi quatre belles et grandes bennes, juste derrière le Simply market, dans la
rue. Parfait ! Quand les déchets sont dans la rue, on a le droit de les prendre car ils n'appartiennent à personne. C'est quand ils sont situés sous des porches ou dans des propriétés privées que
cela pose problème.
J'ai fait comme j'ai appris: j'ai mis des gros gants au cas où je tomberais sur un bout de verre (sait-on jamais), et j'ai sorti de grands sacs vides pour vider la poubelle et la trier. Il me
manquait juste une lampe frontale, car je ne fais pas de spéléologie. Mais à peine avais-je soulevé et ouvert quelques sacs que je me suis rendu compte qu'ils étaient trop légers pour contenir
autres choses que des emballages. Surtout, le noeud de fermeture tenait mal: manifestement, quelqu'un était passé avant moi. Il ne restait plus rien d'autre que des cartons vides.
Zut, j'aurais dû partir à 20 h comme on faisait avant. Ce n'était sans doute pas pour rien.
J'ai ensuite eu beau essayer de me rapprocher du centre-ville, les poubelles aussi bien des Monoprix que d'Atac, Leader Price, Lidl ou Casino n'étaient pas visibles. Soit ils les sortent à 5 heures
du matin pour éviter que des gens comme moi ne passent prendre les rebuts, soit ils ont des broyeuses, soit ils les cachent. Rien à faire. Des sources évidentes de déchets (j'aurais bien aimé
trouver ceux de Monoprix, notamment), il y en avait pleins, mais de déchets à proprement parler, que pouic.
C'est donc sans mon butin habituel que j'ai rebroussé chemin à une heure du matin, le coeur alourdi de nostalgie tandis que je croisais sur mon chemin des piétons insouciants faisant la tournée des
bars.
Pourquoi t'es parti !!!!!!